Une injustice couve à l’Energie du Mali (EDM SA) depuis cinq ans. Des employés, soulagés de leurs revenus, tentent par tous les moyens légaux d’entrer en possession de leurs dus. Sans succès. Pour la deuxième fois en l’espace d’un mois, le collectif des victimes s’est réuni, ce samedi 31 octobre, pour appeler à l’aide.

Nous vous révélions cette affaire il y a deux semaines. D’avril 2012 à mai 2016, des retenues ont été opérées sur les salaires des travailleurs de l’EDM. A la fin de l’opération, les travailleurs devaient avoir des parcelles à N’Tabaccoro, un quartier périphérique de Bamako. L’opération a été pilotée entre, d’une part, la section EDM du Syndicat national des constructions civiles, des mines et de l’énergie (SYNACOME) et la Direction générale, et d’autre part, West Africa Immobilière SARL.

Les fonds collectés auprès des travailleurs étaient versés dans un compte du SYNACOME à la BSIC. Le syndicat se chargeait à son tour de transférer l’argent dans le compte du promoteur de West Africa Immobilière SARL. Quant à la Direction générale de l’EDM, son rôle était de garantir le versement du salaire auprès de la banque partenaire. Depuis mai 2016, date à laquelle tous les montants ont été effectivement versés, aucun des 279 travailleurs de l’opération n’a reçu une parcelle. Pis, ils sont victimes d’une machination. Du moins, c’est ce qu’ils disent avoir compris après cinq années de jeu de pingpong entre le syndicat, la direction et le promoteur de West Africa Immobilière SARL.

« Le syndicat affiche du mépris envers nous » | Mme Traoré Aicha Baba

« Nous avons accepté d’être prélevés malgré l’augmentation auto-proclamée du prix des parcelles », a indiqué Agaye Coulibaly, porte-parole du collectif des victimes. « A défaut de parcelles, nous avons demandé notre argent », a informé Coulibaly. « Nous n’avons eu ni l’un ni l’autre », s’indigne-t-il. Pour un montant total prélevé de 730 millions FCFA, le collectif révèle que seulement 457 millions FCFA ont été reversés au promoteur immobilier sur un total de 559 millions FCFA versés dans le compte du syndicat. Où est le reste de l’argent ?

Interrogé par MaliActu.net, le secrétaire général du syndicat Baba Dao estime que « pas un franc » n’a été retenu dans le compte de son syndicat. C’est plutôt la direction qui a le reste de l’argent, nous informe-t-il. Le Directeur des Ressources humaines d’EDM SA Aboubacar Sidiki Kanté reconnaît l’existence d’un « compte tampon ». « La direction a créé ce compte parce qu’il y a eu des problèmes. En entendant que les problèmes soient résolus la direction a créé ce compte », a-t-il expliqué. Un fait qui prouve que la Direction de l’EDM SA a unilatéralement violé le protocole d’Accord en sortant de son « seul rôle de garant » des retenues.

Qu’à cela ne tienne, quel est le montant retenu dans ce compte tampon ? 101 millions FCFA, assure le DRH de l’EDM SA. « Faux ! le montant est à 131 millions FCFA », rétorque Agaye Coulibaly. Pourquoi cet argent n’a pas versé aux travailleurs conformément à leur volonté ? Là, la réponse du DRH est moins claire. « L’argent n’aurait pas suffi à rembourser tout le monde », se défend-il, ignorant que nous savons que quelques personnes ont été remboursées.

« Rien n’a été respecté dans le protocole de la part de la Direction », informe Traoré Aicha Baba, une des victimes. La direction devait faire l’arbitre, selon Aicha Baba, mais elle s’est alliée au syndicat. En plus, dénonce Mme Traoré, « le syndicat affiche du mépris envers » les travailleurs et n’a jamais « accepté de nous rencontrer ». Au meeting de ce samedi, Aicha Baba a rapporté le cas émouvant de la veuve d’Oumar Guissé, un des travailleurs victimes. A la mort de ce collègue, sa veuve qui n’a pas eu d’enfant, a eu pour seul héritage cette « parcelle non acquise ».  « Elle est décédée la semaine dernière sans avoir sa parcelle », révèle-t-elle, les larmes aux yeux.

Pour le nouveau Mali, le ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau Lamine Seydou Traoré a promis de « rentabiliser » l’EDM SA avant la fin de la transition. Le Chef du département est donc fortement interpellé. Il faut rendre aux travailleurs le fruit des années de labeur et de privation. La justice sociale est le préalable au développement toute entreprise.

Mamadou M.

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