DW : Mardi dernier, vous vous êtes rendu en fin de soirée à la résidence de l’imam Dicko, qui est l’autorité morale de la contestation. Qu’est-ce que vous vous êtes dit?

Dr Boubou Cissé : J’y suis allé déjà pour lui parler avec lui de l’esprit qui a été derrière la mise en place de l’exécutif restreint qui venait de se mettre en place la veille. Le Président de la République, conformément à la recommandation de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Cédéao, a décidé de mettre en place un exécutif restreint de six ministres, six ministères régaliens. Déjà, pour assurer la continuité de l’Etat, et prendre en charge les affaires courantes, mais aussi pour que cette équipe entame des négociations avec le M5 et aussi mettre en œuvre les recommandations de la Cédéao concernant le Parlement, la Cour constitutionnelle, mais aussi d’autres recommandations dont on a eu à discuter concernant les enquête sur les tueries, qui ont eu lieu les 10 et 11 (juillet 2020). Je lui ai expliqué cela et je lui ai demandé aussi d’aider à mettre en œuvre les recommandations, conscient qu’elles ne pourraient se mettre en œuvre s’il n’y avait pas de dialogue ouvert, franc, avec le M5.

DW : Et qu’est-ce qu’il vous a répondu ?

Dr Boubou Cissé : J’ai trouvé un homme ouvert, évidemment, à ce que le dialogue se fasse entre les différents acteurs, entre les enfants du Mali et un homme qui souhaiterait qu’on arrive, le plus rapidement possible, à une solution de sortie de crise et à un retour à la normalité. Il nous a parlé aussi d’un certain nombre de contraintes qui existent du côté du M5 et de son côté aussi, sur lesquelles il va falloir que nous travaillions. Evidemment, la question de ceux qui sont tombés malheureusement devant chez lui ou sa mosquée a été discutée. C’est une question sur laquelle nous sommes en train de tout faire pour trouver comment situer les responsabilités. Une information judiciaire a été ouverte. Le procureur général a été saisi et l’enquête est en cours. Toutes les diligences seront prises pour situer les responsabilités et suivront les sanctions par la suite.

DW : Pourtant, selon nos informations, l’imam Dicko vous aurait demandé de démissionner de vos sanctions.

Dr Boubou Cissé : Oui, l’imam m’a parlé de cela. Mais ma démission n’est pas à l’ordre du jour. Le président de la République est celui qui a cette prérogative-là, de nommer son Premier ministre et, éventuellement, de le faire démissionner s’il n’est pas satisfait. Il est le seul à pouvoir le faire. Pour l’instant, il ne m’a pas montré cela – au contraire. Nous sommes en totale phase par rapport à tout ce qui se passe, par rapport à la tentative de solution de sortie de crise et le président de la République souhaite que je puisse continuer à m’occuper du programme de travail gouvernemental.

DW : Où est-ce que vous en êtes, avec les tractations, les démarches, les consultations en vue de la formation du gouvernement d’unité nationale?

Dr Boubou Cissé : Je dirais que les discussions vont bon train. On a élaboré un projet de feuille de route. Nous souhaitons une adhésion des différents acteurs derrière cette feuille de route – de la majorité présidentielle, évidemment, des acteurs de l’opposition, mais également de la société civile. Cette feuille de route sera l’agenda de ce gouvernement d’union nationale qui se mettra en place. Nous sommes en train de finaliser la feuille de route. Elle a été distribuée à l’ensemble des acteurs. En ce moment, leurs commentaires nous arrivent. Certes, l’opposition n’est pas encore totalement en phase avec la feuille de route, mais nous continuons les négociations et nous espérons que dans les jours à venir, on pourra rassembler l’ensemble des acteurs derrière cette feuille de route. Une adhésion totale et complète. Cette adhésion nous permettra d’aller vers la mise en place du gouvernement d’union nationale.

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