La mort d’Abdelmalek Droukdel, tué le 3 juin 2020 par des commandos français de Barkhane, commence à livrer ses secrets. Des secrets bien sombres.

Fin mai 2020, Droukel, qui dirige depuis plus de 20 ans Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), quitte son havre montagneux, en Algérie, pour se rendre au nord du Mali. Là, dans un village situé non loin de Kidal, il convoque une réunion d’importance majeure. Y participent des responsables militaires dépêchés par Iyad Ag Ghali du GSIM et Amadou Koufa du Front de libération du Macina, deux groupes terroristes affiliés à AQMI.

Lors de la rencontre, Droukdel se plaint des offensives de charme de la communauté internationale à l’égard d’Iyad et de Koufa. Selon lui, l’appel lancé par le gouvernement malien pour négocier avec ces deux hommes est inspiré par la France et vise à détruire leur alliance avec AQMI. Certes, Droukdel avait déjà répondu qu’il n’y aurait pas de négociation avec le Mali avant le départ des troupes françaises du Sahel, mais il n’était pas pour autant rassuré : il demandait à Iyad et Koufa de nouvelles preuves de leur allégeance. Et ces nouvelles preuves, c’était de tuer le contingent malien cantonné à Kidal au titre de l’armée malienne reconstituée. En suivant la logique de Droukdel, ce meurtre collectif aurait pour effet de mettre fin à toutes tractations suspectes entre le Mali et les alliés d’AQMI. Il aurait aussi pour conséquence de détruire le processus de paix entre le Mali et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) car ce sont les éléments d’Iyad et de Koufa présents dans la CMA à travers le HCUA (Haut conseil pour l’unité de l’Azawad) qui devaient être chargés du massacre.

En prenant une décision d’une telle gravité, Droukdel ne sait pas qu’il signe son arrêt de mort. De fait, le massacre projeté met en péril non seulement les intérêts stratégiques de la France, mais aussi ceux de l’Algérie qui abrite l’état-major d’AQMI. Ces deux pays ne veulent surtout pas que les hostilités reprennent entre le Mali et la CMA car elles risquent de précipiter la fin du mandat de la MINUSMA souhaitée par les États-unis. C’est ainsi que l’ordre est donné de liquider physiquement le chef d’AQMI avant qu’il ne retourne en Algérie. Ordre exécuté par les forces spéciales françaises le 3 juin.

Procès-verbal

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