Bouyé et Dicko

Coup de froid entre le chef de la confrérie des hamallistes dont aucun membre ne siège au CNT et les autorités qui espèrent bien un resserrement des liens au terme d’une visite attendue très prochainement à Nioro.

Le Chérif de Nioro a piqué une colère noire vendredi. Dans son sermon, Bouillé Haïdara a dénoncé avec véhémence la mise à l’écart des hamallistes dans la composition du Conseil national de transition (CNT) appelé à faire office de parlement et l’absence préalable de discussions. La confrérie religieuse qui revendique des millions d’adeptes au Mali et en Mauritanie a demandé aux autorités nationales de « revoir leur copie ».

Le Chérif de Nioro a égrené ensuite un chapelet de promesses non tenues, notamment le sensible dossier de l’érection de son cercle en région. Un projet englouti dans le sable mouvant sous plusieurs régimes successifs à la tête du Mali alors qu’émergent de nouvelles régions administratives. Bouillé s’en était longuement entretenu avec Amadou Toumani Touré, puis sous la transition conduite par Dioncounda Traoré, suivie de l’ère Ibrahim Boubacar Keïta, et enfin l’actuelle transition.  Au besoin, il a accompli un voyage dans le passé colonial, rappelant que Nioro fut le deuxième cercle du Soudan Français après Bafoulabé pour justifier son insistance sur la question.

Ce coup de sang survient moins de deux semaines après la visite à son domicile du ministre des Affaires religieuses et du culte Dr Mahamadou Koné et à la veille de l’annonce de la visite attendue des plus hautes autorités du pays en guise de remerciements à ses efforts déployés ces derniers temps.

« Les hamallistes sont très nombreux »

 Véritable plaque tournante diplomatique, en folle période de lutte de contestation contre son régime, le président Ibrahim Boubacar Keïta avait manié le bâton et la carotte, en réprimant durement les manifestations et en dépêchant des membres du gouvernement à Nioro. Ainsi, à la veille d’une des rassemblements qualifiés de tous les dangers, le Premier ministre d’alors Boubou Cissé avait fait le déplacement de Nioro et chargé le Chérif d’user de son influence sur l’imam Mahmoud Dicko, figure centrale du vent de contestation.

De notoriété publique, les deux chefs religieux entretiennent d’excellentes relations frisant la complicité. Au compteur de leurs idylliques liens, des appels communs à manifester contre la mauvaise gouvernance et le vote du projet de loi portant code de la famille Soumeylou Boubèye Maïga qui avait ferraillé dur avant de lâcher prise à la veille d’une motion de censure des députés lui visant. Bouillé, on le sait, avait des dents contre IBK accusé de n’avoir pas tenu parole en installant Soumeylou dans le fauteuil de Premier ministre.

On se rappelle l’offre de médiation faite au chef hamalliste par Goodluck Jonathan, ancien président nigérian, émissaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) après l’échec des négociations avec le Mouvement du 5 juin, fer de lance de la révolution.

Bouillé a vite tempéré les ardeurs des va-t-en guerre. « Les hamallistes sont très nombreux. Mais, nous qui réconcilions les cœurs et les esprits, ne sommes donc pas portés à engager un bras de fer avec les autorités de la transition ». Qu’à cela ne tienne, la charge est trop importante pour tomber dans l’oreille de sourd. Les plus hautes autorités prennent très au sérieux ce coup de colère. La visite attendue, espère –t- on côté pouvoir, permettrait de réchauffer les relations.

Georges François Traoré

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