Burkina: un journaliste écrit au Chef d’Etat-major de l’armée française: « On a enfin compris votre sale jeu»

0

Monsieur le chef d’état-major de l’armée française, Général François Lecointre, cette réaction aurait dû vous parvenir plutôt (je sais qu’elle vous parviendra), si je n’avais pas été en voyage au moment où vous débitiez vos mensongers sur RFI, dans la matinée du 29 novembre dernier, en réaction à une question relative à ce que vous osez qualifier d’accusations mensongères, mais qui, à la vérité, n’est que la vérité des plus véridiques qui puissent être.
Je vous dirai pourquoi, non pas avec des vœux pieux, comme vous n’avez pas eu honte de le faire, pour tenter de convaincre ceux qui vous écoutaient, mais avec des faits concrets, rien que des faits. J’étais entre deux vols ce matin-là quand j’ai écouté vos propos outrageusement insultants pour nos intelligences, nous autres africains qui en avons à présent mare de cette sinistre duplicité de la France, et j’avais voulu réagir à chaud à ces insultes mais hélas, je n’étais pas dans les conditions pour le faire.

A présent j’y suis et je vous prie de bien vouloir tenir ce qui suit pour dit. Je m’excuse par avance auprès de tous ceux qui vont me lire, si le ton n’est pas aussi convenant, mais je n’ai pas jugé nécessaire de choisir un ton convenant parce que j’estime ne pas trop le devoir à celui qui estime ne pas m’en devoir.

Monsieur le chef d’état-major de l’armée française

A la question du journaliste concernant le fait qu’il existe de plus en plus d’Africains qui estiment que la présence française en Afrique, contrairement aux raisons officielles avancées, visent plutôt à faire main-basse sur les ressources des pays africains, notamment le pétrole, l’or et l’uranium, au nord Mali par exemple, vous n’avez pas pu cacher votre embarras. Vous avez cru pouvoir cacher l’embêtante réalité que pose cette question par des propos colériques :

«… Je ne supporte plus ces rumeurs, ces allégations et ces accusations mensongères qui font un mal absolument terrible et des ravages dans les opinions publiques des pays que nous voulons aider… ». J’en ris. Quel dédain ! Ainsi donc, la France qui n’a pas d’amis mais des intérêts à défendre (vous ne me direz pas que vous ignorez ce truisme), est subitement redevenue aussi débonnaire pour vouloir aider ceux qui l’ont aidée hier.

« Je ne supporte plus ces rumeurs, ces allégations et ces accusations mensongères qui font un mal absolument terrible et des ravages dans les opinions publiques des pays que nous voulons aider »

C’est très bien. Je vous le concède, si cela peut faire plaisir à vos propres oreilles et à celles de tous ceux qui sont de votre acabit. Pour vous, bien entendu, les Africains, ces gros paresseux, pas assez intelligents, demeurent toujours ces mêmes « bêtes de sommes » que vos arrière grands-parents ont asservi à volonté et qui ont été convoyés par milliers pour aller servir de chair à canon quand la France était menacée d’être éraflée de la carte du monde.
Et vous faites bien de le reconnaitre quelque part. Vous poursuivez en disant que les armées françaises sont au Mali pour restaurer une situation dont dépend, à la fois votre sécurité, à vous français, « dont dépendent la sécurité et la stabilité de l’Europe, parce que c’est la sécurité de tout l’Afrique que ça aliène… ». Et vous ne vous arrêtez pas là :
« …c’est un impératif qui me semble être ce qui sens-tend et oriente l’action de la France en permanence dans le monde, un impératif de respect de la dignité de l’homme et de respect des valeurs que porte la France. C’est le sens de notre engagement, c’est pour ça que je suis devenu militaire, c’est pour ça que nous, soldats français, sommes fiers de porter nos trois couleurs. Et quand j’entends des accusations comme celles-là, je trouve que c’est parfaitement injurieux, grave et dramatique », poursuivez-vous.
Vous ne décolérez décidément pas. Bien sûr que je comprends parfaitement votre désarroi. Aucun vilain n’aime qu’on indexe sa vilenie. Chez moi à Zoula, c’est dans le centre-ouest du Burkina, les vieux aiment dire que « la bouche qui parle oublie très souvent que les oreilles qui écoutent ont une cervelle ». Rarement, ou presque jamais je n’ai vu ces vieux-là parler dans le vide. Ils savent toujours de quoi ils parlent. Bref, venons-en aux faits.

Monsieur le chef d’état-major française,

Je ne passerai pas par quatre chemins pour vous dire que vos salamalecs que vous avez cru bon de débiter ce jour-là sur les ondes de RFI ne valent que pour vous-même et pour ceux qui pensent comme vous. Peut-être aussi pour certains Africains qui veulent bien s’en accommoder. Pas pour la nouvelle génération consciente d’Africains.
Et je suppose que du haut de votre grade de général de l’armée française, vous ne l’ignorez pas. Même si vous le feignez. Savez-vous pourquoi beaucoup de personnes qui vous ont écouté ce jour-là ont ri ? Vous avez pu certainement le constater dans les réactions sur les réseaux sociaux. Les « bêtes de sommes » d’hier sont en train de s’émanciper.
Le processus est désormais irréversible. Croyez-moi. Oui, ces « bêtes de sommes » dis-je, réfléchissent de plus en plus à présent et refusent de se laisser berner et duper désormais. Elles tiennent à prendre leur revanche sur l’histoire. Cette sombre histoire que vos grands parents leur ont imposée et que vous voulez perpétuer.
Elles vous disent désormais non ; elles ne peuvent plus croire à votre statut de bienfaiteur débonnaire, même quand vous jurez la main sur le cœur que vous êtes là pour les aider et les défendre. Savez-vous pourquoi ? Je vais vous le dire aujourd’hui: votre discours, à vous autres impérialistes français, n’a plus de prise sur elles.

« Ce jeu de duplicité vous a réussi des décennies durant. Vous en avez usé pour piller l’Afrique à satiété pour aller construire votre France qui est la seule chose qui vaille »

A leurs yeux, vous incarnez désormais parfaitement l’image du bouc qui se présente à la barre bien empiffré de farine, avec la bouche toute blanche de farine, et qui jure la main sur le cœur qu’il n’a jamais connu la couleur de la farine. Voilà votre réalité, vous autres impérialistes français. Ce jeu de duplicité vous a réussi des décennies durant. Vous en avez usé pour piller l’Afrique à satiété pour aller construire votre France qui est la seule chose qui vaille à vos yeux. Vous l’avez fait souvent même en nageant dans le sang de pauvres africains pour y arriver.
Voulez-vous des exemples ? Je vous en donne : vous rappelez-vous de la guerre du Biafra ? Vous rappelez-vous du rôle de vampire que la France y a joué ? Pendant que la diplomatie française officielle condamnait la volonté sécessionniste, la même France impérialiste, avec ses visées sur le pétrole nigérian, était dans l’ombre pour armer les rebelles sécessionnistes. La France impérialiste et son bras armé, la compagnie ELF, créée de toutes pièces pour siphonner le pétrole africain, ont convoyé nuitamment des armes pour aller armer la rébellion.
Ce n’est pas moi qui invente cette histoire. Je n’étais d’ailleurs pas encore né en son temps. Ce sont des faits constants. Et ce sont des français de bonne foi qui les rapportent. Même des officiels français d’alors l’attestent et le confirment. Il vous suffira de lire sur cette tragédie ou de visionner le documentaire fort éloquent à ce propos de Patrick Benquet, un autre français, pour voir le vampirisme français dans toute sa laideur.

Plus proche de nous, pendant la rébellion ivoirienne, même si cela n’est pas encore suffisamment documenté comme dans le premier cas, on a encore vu la même France à l’œuvre. On est toujours mémoratif du jeu trouble de la France dans cette sale guerre. On a vu comment la même France n’a pas hésité à tirer sur des pauvres gens aux mains nues et à massacrer des populations entières, rien que pour parvenir á ses fins.

« On a vu comment la même France n’a pas hésité à tirer sur des pauvres gens aux mains nues et à massacrer des populations entières »

Monsieur le chef d’état-major française;

On a vu comment Blaise Compaoré, cet autre pantin aux mains de la même France ,a convoyé des armes en dépit de l’embargo des Nations-unies, pour aller armer les rebelles ivoiriens, pour déstabiliser un régime démocratiquement élu. Oui, la même belle France, pays des droits de l’homme et des libertés s’est souillée dans cette saleté. Une fois encore, ce n’est pas moi qui l’invente.
Ce sont encore des faits constants. Et des rapports des Nations-unies l’attestent. Oui, le même Blaise Compaoré que vous connaissez très bien; ce sinistre homme qui a semé pendant longtemps la désolation dans son pays et dans de nombreux autres pays de la sous-région et au-delà. Cet homme que la même France avait placé et couvert jusqu’à la dernière minute de son pouvoir, avant de venir l’exfiltrer pour le sauver des mains de ses nombreuses victimes qui tiennent à lui demander des comptes.
Voulez-vous encore d’autres exemples ? Le cas libyen est aussi là, juste à côté, encore tout fumant. Avec les fallacieux prétextes avancés par la même France pour aller installer la chienlit dans ce paisible pays dont les habitants vivaient jusque-là dans un relatif paradis sur terre. Je pourrais multiplier ce genre d’exemples funestes, où la France est trempée jusqu’à la moelle, à l’infini. Oui votre belle France a nagé dans tous ces sales torrents de sang, rien que ses intérets égoïstes.
Que croyez-vous, Monsieur le chef d’état-major ? Que malgré tout ça les africains resteront toujours ces idiots en masses amorphes et dociles que vous continuerez de manipuler à votre guise comme vous tentez de le faire dans cette interview ? Ce discours infentilisant que vous tentez de servir est le même qui était servi pendant que la France perpétrait le génocide biafrais. C’est la lâche stratégie du « blaguer-tuer ».
On a vu dedans, pour parler comme les bramôgôs. Ça ne peut plus continuer. Non, cher monsieur. C’est fini. On a enfin compris votre sale jeu. Que dis-je ? Votre sale business. Le temps du réveil des africains a sonné. Tenez-le pour dit. Les africains ne se laisseront plus faire docilement. Ouvrez les yeux, cher monsieur. Apprenez à lire dans les signes du temps.
Ce qui s’est passé au Burkina Faso en 2014, avec votre pantin de service que vous avez dû sauver in extremis, et qui vous a certainement tous pris de court, n’est qu’un de ces signes. Et ça ira crescendo. Croyez-moi. Si vous n’y prenez garde, certains de vos soldats qui se croient en terrains conquis en terre africaine l’apprendront à leurs dépens un beau matin. Je m’arrêterai là pour l’instant.

Yacouba Ladji Bama

Moussa Nimaga /

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.