Dans un tweet hier, à l’occasion du 43 ème anniversaire de la mort du président Modibo Keita, Karim Keita le fils du président IBK s’étonne que Modibo n’est pas mort dans un hôpital. Face à une telle inculture, Djeliba24 publie un extrait du livre “Ma vie de soldat” du Capitaine Soungalo Samaké.

Soungalo « Un jour, le soldat qui lui apportait ses repas est venu précipitamment me voir pour dire que Modibo était tombé au pied de son lit. J’ai couru, pour aller dans sa cellule. Il bavait. Je l’ai pris ; j’ai dit au soldat : aide moi. Nous l’avons couché dans son lit. J’ai pris une serviette pour essuyer la bave. Je lui ai posé la question : qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce que tu as ? Il voulait parler, mais le son ne sortait pas. J’ai fait appeler l’infirmier-major et je lui ai posé la question : Modibo a-t-il été soigné ce matin ?

– Oui.

– A quelle heure ?

– A dix heures.

– Qui a fait la prescription ?

– C’est le Dr. Faran Samaké.

– Qui a fait le traitement ?

– C’est moi » .

Le capitaine Soungalo Samaké, parti rapidement au domicile du Dr. Faran Samaké au Point G, lui pose les mêmes questions concernant les traitements administrés à son détenu. Le Dr. reconnaît avoir vu Modibo le même jour. Sur demande du capitaine, ils partent ensemble au camp, au chevet de Modibo.

Vu que son état s’empirait, le Dr. Faran Samaké a recommandé son évacuation sur Gabriel Touré. Mais l’autorisation du président Moussa Traoré devait être recueillie. Le président Modibo décède entre-temps dans sa cellule, la tête sur les jambes de son geôlier, qui était retourné à son chevet.

Toujours dans les témoignages du capitaine Soungalo, le président de la République, Moussa Traoré fut informé ainsi que des membres du CMLN (Tiécoro Bagayoko, directeur des services de sécurité et Kissima Doukara, ministre de la Défense). Kissima fut le premier à demander une autopsie. Tiécoro Bagayoko a réitéré la même chose au frère du défunt, le Dr. Mallé Kéita. « Je ne ferai pas ça sur le corps de mon frère », avait-il protesté.

En bons croyants, les parents de Modibo ont repris son corps pour son enterrement.

La gorge enflammée du président tendrait à accréditer la thèse de l’empoisonnement ; Mais, les proches de la victime croient plutôt à celle de l’injection mortelle.
Saurons-nous un jour la vérité ? Le Docteur Faran Samaké (responsable de la piqûre) ne pourra plus témoigner : il se suicidera en 1978 emportant son secret dans sa tombe.
Le peuple malien apprendra la mort du leader charismatique par un communiqué laconique du pouvoir militaire : « Modibo Keita, ancien instituteur à la retraite est décédé des suites d’un œdème aigu des poumons. »
Ce communiqué qui fournit une explication, cliniquement contestable, de la cause de la mort du président, provoqua le courroux d’un grand nombre de malien.
En colère, une foule immense (convaincue que Modibo Keita a bien été assassiné) organise spontanément les funérailles du président légitime.
Comme on l’a fait avec beaucoup de martyrs des indépendances africaines, le pouvoir militaire espérait enterrer Modibo Keita dans la plus grande discrétion, sinon dans le calme :
« On m’a dit de remettre le corps à ses parents. J’ai dit qu’il faut faire attention car Modibo est très populaire. Ils m’ont dit que non, qu’il suffit de remettre le corps et de diffuser un communiqué annonçant sa mort. Et que c’est tout. » Raconte le capitaine Samaké
Comment pouvaient-ils espérer pouvoir faire passer la mort d’un homme comme Modibo Keita pour celle d’un homme ordinaire ? Ils auraient dû écouter le capitaine Samaké qui poursuit :
« Ils ont vu ; il y avait tellement de monde aux funérailles que le cimetière était rempli alors que le cortège qui s’étirait jusqu’au domicile de ses parents n’avait pas encore fini de recevoir tous ceux qui voulaient le rejoindre. Le corps était arrivé au cimetière alors que certains étaient encore assis à Ouolofobougou et ne le savaient pas! La police a été débordée ! Les élèves ont dit qu’il fallait aller donner le corps à ceux qui ont tué Modibo. Il a fallu encore faire recours à Soungalo et aux parachutistes pour empêcher la foule d’aller au siège du comité militaire et pour diriger le cortège funèbre sur le cimetière »
Le régime militaire procédera à de nombreuses arrestations parmi les personnes venues participer à l’enterrement :
« Après les funérailles, on a pris certains de ceux qui ont participé à l’enterrement. On les a amenés au Camp para et on m’a dit de les corriger » écrit le capitaine Soungalo Samaké.
Mais qu’importe la répression militaire, la détermination de la foule semblait inébranlable comme le rapporte un témoin de l’enterrement : « ce jour-là, rien ne pouvait contenir la foule tant le nombre était élevé et tant les gens étaient déterminés à affronter même le diable ». Ce jour-là, contrairement aux coutumes maliennes, les femmes ont pénétré dans l’enceinte du cimetière.
La vive réaction, spontanée, de la jeunesse malienne à la mort de Modibo Keita démontre que ce dernier n’a pas prêché dans le désert et que son message est passé à la prospérité.

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